Choisir une caméra de surveillance sans méthode, c’est la garantie d’acheter un kit qui plaît en boutique mais déçoit deux mois plus tard : angle trop large, vision de nuit illisible, application qui rame. Ce tutoriel propose une démarche en six étapes pour rédiger soi-même un cahier des charges réaliste et trancher entre les trois grandes familles disponibles en Afrique de l’Ouest — Wi-Fi grand public, IP filaire en PoE, analogique HDCVI. À la fin du parcours, on sait exactement ce qu’on cherche, on a une liste courte de modèles, et on peut consulter un revendeur sans se faire embarquer dans un kit surdimensionné.
Pour replacer cette démarche dans la vue d’ensemble, voir le guide principal : Vidéosurveillance au Sénégal en 2026 : critères, marques, installation et maintenance.
Prérequis
- Un plan rapide du lieu à équiper (papier, croquis ou photo aérienne Google Maps)
- Un mètre ou une appli de mesure sur smartphone
- Une heure devant soi pour relever les emplacements et rédiger
- Aucune connaissance technique préalable nécessaire
Étape 1 — Lister les zones critiques à couvrir
La première erreur classique consiste à acheter d’abord et à réfléchir ensuite. Or chaque caméra a un coût (matériel + câblage + temps d’installation), et chaque mètre carré qu’on filme inutilement augmente la facture sans rien sécuriser. L’objectif est donc d’identifier les points de passage obligés : un cambrioleur ou un voleur ne traverse pas les murs, il passe par des entrées précises. Couvrir ces points avec une caméra par passage suffit dans 80 % des cas.
Faire le tour du lieu en imaginant le trajet d’un intrus. Pour une concession familiale, ce sera typiquement le portail principal, l’entrée du bâtiment principal, et l’arrière-cour si elle est accessible. Pour une boutique de quartier, l’entrée client, la caisse, l’arrière-boutique. Pour un atelier ou un magasin, les portes d’accès et les zones de stockage de matériel coûteux. Lister ces zones sur le plan et numéroter chacune.
Le résultat attendu de cette étape, c’est une liste numérotée du type : « Zone 1 — portail principal vue extérieure ; Zone 2 — entrée bâtiment ; Zone 3 — couloir intérieur menant aux chambres ; Zone 4 — arrière-cour ». Trois à six zones suffisent pour la plupart des particuliers. Au-delà de huit, on bascule sur une réflexion PME et on revoit l’enregistreur en conséquence.
Étape 2 — Mesurer les distances et les angles
Pour chaque zone identifiée, il faut maintenant deux informations : la distance entre l’emplacement prévu pour la caméra et le point le plus éloigné qu’on veut filmer, et la largeur de la zone à couvrir au plus loin. Ces deux valeurs déterminent quelle focale d’objectif choisir et quelle qualité de vision nocturne viser.
Pour mesurer rapidement, deux outils suffisent : un mètre déroulant pour les courtes distances, et l’application Mesurer intégrée à la plupart des smartphones (Android comme iOS) pour les distances plus longues. À défaut, compter en pas (une enjambée d’adulte vaut environ 70 à 80 cm).
Reporter les mesures sur le plan. Une zone qui fait 4 mètres de profondeur sur 5 mètres de largeur appelle une caméra à grand angle (focale 2,8 mm). Une allée de 15 mètres entre le portail et l’entrée appelle plutôt une focale 4 mm. Au-delà de 20 mètres, on commence à parler de focale 6 mm ou plus, et la vision nocturne doit grimper en gamme — les LED infrarouges des caméras d’entrée de gamme s’essoufflent autour de 15 à 20 mètres.
Étape 3 — Trancher entre intérieur et extérieur
Pour chaque zone listée, indiquer si la caméra sera intérieure, extérieure abritée (sous un auvent ou une véranda) ou extérieure exposée (en plein vent et plein soleil). Cette distinction détermine l’indice de protection IP exigé sur la fiche technique du modèle visé.
Trois règles simples permettent de trancher. Pour l’intérieur sec, n’importe quel modèle convient. Pour l’extérieur abrité, viser au minimum IP65 — résistance à la poussière et aux jets d’eau légers. Pour l’extérieur exposé, viser IP66 ou IP67, c’est-à-dire résistance à la poussière fine et aux fortes pluies. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, l’hivernage produit des précipitations brèves mais très intenses qui plombent en quelques saisons les caméras sous-cotées.
Sur le plan, ajouter pour chaque zone la mention « INT » ou « EXT IP65/IP66 ». Cette annotation servira de filtre direct lors du choix du modèle.
Étape 4 — Décider du mode de transmission
C’est l’étape qui pèse le plus sur le budget et la fiabilité. Trois options dominent et ne sont pas équivalentes pour tous les contextes.
L’analogique HDCVI/AHD est la voie la plus adaptée à un kit familial 4 ou 8 caméras avec budget serré. Le câble coaxial transporte image et alimentation en un seul fil, supporte plus de 100 mètres sans perte, et ne dépend pas du Wi-Fi. C’est ce que posent 80 % des installateurs sénégalais et ivoiriens en kit Hikvision ou Dahua à 100 000-180 000 FCFA. Limite : moins de fonctions intelligentes, et caméras un peu plus encombrantes.
L’IP filaire en PoE est la solution professionnelle. Un câble Ethernet RJ45 par caméra transporte les images et l’alimentation depuis un switch PoE. La qualité est meilleure, l’évolution est facile (ajouter une caméra = ajouter un câble), et les fonctions intelligentes sont au rendez-vous (détection de personne, audio bidirectionnel, intégration avec d’autres systèmes). Coût matériel double pour le même nombre de caméras. À privilégier dès qu’on dépasse 6 à 8 caméras ou si on construit l’installation pour cinq à dix ans.
La Wi-Fi n’a qu’un seul argument : la rapidité de pose. Une caméra Tapo, EZVIZ ou IMOU s’installe en 15 minutes sans tirer de câble. Mais elle exige une prise électrique à proximité, dépend de la qualité du Wi-Fi (et la portée du Wi-Fi domestique chute vite après deux murs), et son flux satureait le routeur si on en multiplie. À réserver à une ou deux caméras d’appoint, ou à un local équipé d’une seule pièce.
Sur le plan, écrire en haut la décision globale : « Système : analogique HDCVI 4 voies » ou « Système : IP PoE 8 voies ». Mélanger les technologies est techniquement possible mais ajoute de la complexité — éviter pour un premier projet.
Étape 5 — Choisir la résolution et la vision nocturne
Pour 95 % des cas particuliers, viser la Full HD (1080p, 2 mégapixels) est le bon compromis. La 4 MP devient utile dès qu’on filme une zone large (plus de 10 mètres de large) où on aimerait reconnaître un visage ou une plaque. La 4K (8 MP) double le coût des caméras, double l’espace disque consommé, et n’apporte un bénéfice que sur des distances importantes ou des scènes très détaillées — surdimensionné pour une cour de maison.
Pour la vision nocturne, deux choix se présentent. La vision infrarouge classique donne une image en noir et blanc — c’est le standard, et ça suffit pour détecter une présence. La vision couleur de nuit (ColorVu chez Hikvision, Full-Color chez Dahua, Smart Spotlight chez EZVIZ) garde la couleur et permet d’identifier des vêtements ou un véhicule, mais demande un peu de lumière ambiante (lampadaire, éclairage de cour). Pour une zone totalement obscure, l’infrarouge classique reste plus efficace.
Reporter le choix sur le plan, zone par zone. Une cour bien éclairée la nuit appelle une ColorVu. Un couloir d’arrière-cour sans éclairage appelle de l’infrarouge classique avec portée 25 mètres minimum.
Étape 6 — Estimer le stockage nécessaire
L’enregistreur est aussi important que les caméras, et la taille du disque détermine combien de jours d’historique on conservera. La règle empirique pour du Full HD H.265 (codec moderne, deux fois moins gourmand que le H.264 ancien) est la suivante :
- Une caméra Full HD en enregistrement continu consomme environ 1 Go par heure — soit 24 Go par jour
- Quatre caméras pendant 24 heures consomment environ 96 Go par jour
- Sur un disque de 1 To utile, quatre caméras tiennent dix à onze jours en continu
- En enregistrement par détection de mouvement uniquement, multiplier par trois à cinq la durée
Pour un particulier qui veut garder deux à trois semaines d’historique sur quatre caméras, un disque de surveillance 2 To (typiquement WD Purple ou Seagate Skyhawk) est le bon point de départ. Pour 8 caméras et un mois d’historique, viser 4 à 6 To. Ne jamais mettre un disque PC ordinaire dans un enregistreur — il n’est pas conçu pour l’écriture continue 24 h/24 et grille en quelques mois.
Étape 7 — Compiler le cahier des charges et chercher les modèles
À ce stade, on dispose d’un plan annoté avec, pour chaque zone : la distance, l’angle voulu, l’indice IP, le mode de vision nocturne, et le mode de transmission global. Compiler ces éléments dans un tableau récapitulatif facilite la suite.
| Zone | Type | Distance | Focale | IP | Vision nuit |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 — Portail | EXT | 8 m | 2,8 mm | IP66 | ColorVu |
| 2 — Entrée | EXT abrité | 5 m | 2,8 mm | IP65 | IR 20 m |
| 3 — Couloir | INT | 6 m | 2,8 mm | — | IR 10 m |
| 4 — Arrière-cour | EXT exposé | 12 m | 4 mm | IP67 | IR 30 m |
Avec ce tableau, on dispose de tous les filtres pour chercher des modèles concrets. Sur les sites des revendeurs sénégalais (LO Multimedia, Yahtech, Kabirex, Sénémarket) ou sur Jumia, utiliser ces critères dans la recherche : « caméra IP66 4 mm 2 MP IR 30m ». Trois à cinq modèles ressortent généralement, et on compare alors les marques selon le guide marques associé à cette série.
Étape 8 — Vérifier la cohérence finale
Avant de valider le cahier des charges, passer trois questions de contrôle. Premièrement, le nombre de caméras correspond-il à la capacité de l’enregistreur visé ? Un XVR 4 voies n’accepte que quatre caméras analogiques — si on en a cinq, il faut un XVR 8 voies. Deuxièmement, l’alimentation électrique est-elle disponible à proximité de chaque caméra ? Pour l’analogique et le PoE, l’alimentation arrive par le câble — pas de problème. Pour la Wi-Fi, vérifier qu’une prise existe à moins de deux mètres ou prévoir un raccordement.
Troisièmement, et cette question est régulièrement oubliée : a-t-on déclaré l’installation à la CDP ? La déclaration simplifiée pour les particuliers se fait en ligne avant l’installation, et le récépissé doit être affiché sur un panneau visible à l’entrée. Pour une PME, la procédure est plus longue (politique de protection des données, désignation d’un responsable) — l’anticiper évite les déboires.
Vérification du livrable
Le cahier des charges final est utilisable s’il répond oui à ces cinq questions :
- Toutes les zones critiques sont listées et numérotées
- Pour chaque zone, on a la distance, la focale, l’indice IP, la vision nocturne
- Le mode de transmission global est tranché (analogique, IP PoE ou Wi-Fi)
- La taille du disque est dimensionnée selon le nombre de caméras et la durée d’historique visée
- La déclaration CDP est planifiée
Avec ce document en main, n’importe quel revendeur sérieux peut établir un devis comparable, et on peut comparer en toute lucidité.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Cause | Solution |
|---|---|---|
| Acheter le kit avant le plan | Pression du vendeur ou achat impulsif | Toujours rédiger le cahier des charges d’abord, montrer ensuite |
| Trop de caméras | Couverture totale au lieu des points de passage | Garder une caméra par zone critique, pas une par mètre carré |
| Sous-estimer le stockage | Disque de 500 Go pour 8 caméras Full HD | Calculer 1 Go/h par caméra Full HD, viser 2-4 To |
| Wi-Fi pour 6+ caméras | Économie sur le câblage | Au-delà de 4 caméras ou 10 m du routeur, basculer en filaire |
| Disque PC dans NVR | Pièces de récupération | Disque surveillance obligatoire (WD Purple, Seagate Skyhawk) |
| Oubli déclaration CDP | Méconnaissance de la loi | Faire la déclaration simplifiée avant la pose |
Le cahier des charges vu du marché sénégalais
Trois ajustements à intégrer dès la phase de cahier des charges quand on équipe à Dakar, Abidjan ou Bamako. Le mode de transmission penche naturellement vers l’analogique HDCVI pour les budgets serrés — c’est ce que la grande majorité des installateurs locaux posent en kit Hikvision ou Dahua à 100 000-180 000 FCFA, et le câble coaxial supporte les longues distances typiques d’une concession familiale ou d’un commerce de quartier. La ligne « onduleur » doit apparaître explicitement dans le cahier des charges, pas en annexe — sans elle, le système subit toutes les coupures Sénélec. Et la déclaration CDP doit être intégrée comme une étape datée du projet, pas comme une formalité à régler après coup : sans récépissé, l’installation est hors-la-loi au Sénégal et un panneau visible à l’entrée doit le mentionner.
Tutoriels frères
- Acheter une caméra de surveillance au Sénégal — pas-à-pas pour comparer revendeurs et négocier
- Marques recommandées pour la vidéosurveillance — guide pas-à-pas pour identifier la bonne marque
- Installer un kit 4 caméras analogiques — pas-à-pas du repérage à la première image
Pour aller plus loin
- 🔝 Retour au guide principal : Vidéosurveillance au Sénégal en 2026
- Commission de Protection des Données Personnelles du Sénégal