Chaque plat de votre carte rapporte-t-il vraiment ?
Dans un restaurant à Dakar avec une carte de 40 plats, certains sont très demandés mais faiblement rentables, d’autres moins vendus mais stars de la marge. Une analyse structurée dans Excel révèle la matrice des performances et oriente la carte, la politique tarifaire et les actions commerciales.
Structure des données
Feuille Plats : NomPlat, Categorie (Entrée, Plat, Dessert, Boisson), PrixVente, FicheTechnique (lien).
Feuille FichesTechniques : pour chaque plat, ingrédients × quantité × coût unitaire = coût matière. Plus le coût main d’œuvre estimé en minutes × coût horaire brut chargé.
Coût matière par plat
=SOMMEPROD(Quantite*CoutUnitaire) par plat
Rassemblé en colonne CoutMatiere dans la feuille Plats.
Coefficient multiplicateur
=PrixVente / CoutMatiere
Standard restauration : coefficient x3 à x5 sur la matière. En dessous de x2,5, le plat est dangereux. Au-dessus de x6, attention à la perception client.
Marge brute par plat
=PrixVente - CoutMatiere
Feuille Ventes
Quantités vendues par plat, par période. Import depuis caisse (CSV ou API).
Marge brute totale par plat
=QuantiteVendue * MargeBrute
Matrice BCG des plats : la méthode Menu Engineering
Combinaison popularité × marge. Moyenne des ventes et moyenne des marges = croix qui divise les plats en 4 cases :
- Stars : vente élevée + marge élevée. Mettre en avant (photo carte, première position)
- Plowhorses : vente élevée + marge faible. Augmenter le prix progressivement ou réduire les portions
- Puzzles : vente faible + marge élevée. Repositionner dans la carte, former les serveurs au cross-sell
- Dogs : vente faible + marge faible. Supprimer ou retravailler
Impact du rangement carte
Des études montrent que le premier plat de chaque catégorie est vendu 30 pour cent plus que les suivants. Placer les Stars et Puzzles aux positions golden (haut à droite pour les cartes latines).
Coût main-d’œuvre fin
Plats simples à préparer (ex : salade) ont un coût main-d’œuvre faible. Plats complexes (ex : bœuf braisé 6 heures) élevé. Intégrez dans le coût total :
CoutTotal = CoutMatiere + (MinutesPrep / 60) * CoutHoraireBrutCharge
Marges net et seuil de rentabilité
Coûts fixes mensuels (loyer, salaires, fluides) à amortir sur les ventes. Seuil de rentabilité = CoutsFixes / Marge moyenne par couvert. Pour 3 M FCFA de charges fixes et marge moyenne de 3 500 FCFA par couvert : 857 couverts par mois minimum.
Dashboard mensuel
- Top 10 plats par CA
- Top 10 plats par marge totale
- Plats Stars/Plowhorses/Puzzles/Dogs
- Taux matière global vs objectif
- Couvert moyen, ticket moyen
Actions concrètes post-analyse
Exemple concret : un plat vedette en volume (Thiéboudienne) a un coefficient x2,1 à cause du poisson cher. Décision : augmenter le prix de 500 FCFA (de 3 500 à 4 000). Sensibilité demande faible car plat incontournable. Impact marge : +15 pour cent sur la marge totale du plat phare.
Conclusion
L’analyse de rentabilité par plat fait la différence entre restaurant rentable et restaurant qui rame. 1 weekend de mise en place, 30 minutes de mise à jour mensuelle. Compétence différenciante en gestion de restauration, quel que soit le concept.
📚 Voir le guide complet : Maîtriser Excel pour PME — guide 2026 (Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso, Niger, Togo, Bénin, Guinée, Mauritanie).
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À partir de 30 000 FCFA
Pourquoi calculer la rentabilité produit par produit dans un restaurant
Un maquis de Riviera, un fast-food du Plateau ou une cantine d’Almadies travaille sans visibilité fine sur ses marges. Le gérant connaît son chiffre d’affaires global, parfois sa marge brute mensuelle, mais rarement la rentabilité unitaire de chaque plat. Or deux plats au même prix de vente peuvent dégager des marges qui varient du simple au triple selon le coût matière et la vitesse de préparation.
Ce tutoriel montre comment construire un fichier Excel halal-compatible qui calcule, pour chaque plat, le food cost, la marge brute, la marge contributive horaire et le seuil de rentabilité. Le restaurant utilisé en exemple respecte les principes Ahl-Sunna : pas d’alcool, viande certifiée halal de boucheries reconnues, ambiance sans musique. Le modèle reste valable pour tout établissement de restauration.
Étape 1 : structurer la fiche technique de chaque plat
La rentabilité commence par la fiche technique. Sans recette détaillée et pesée, tout calcul est approximatif. Créez une feuille « Fiches » avec colonnes : code plat, ingrédient, quantité (g ou ml), unité, coût d’achat unitaire, coût ingrédient (calculé).
F2 : =D2*E2 / 1000 (si gramme)
F2 : =D2*E2 (si pièce)
Pour un attiéké poisson braisé vendu 2 500 FCFA, la fiche type liste : 250 g d’attiéké à 800 FCFA/kg, 350 g de mâchoiron entier à 2 200 FCFA/kg, 80 g de tomate, 50 g d’oignon, 30 g d’huile, sel-cube. Total matière première : environ 980 FCFA. Cette précision change tout dans la suite du calcul.
Étape 2 : calculer le food cost en pourcentage
Le food cost est le ratio coût matière sur prix de vente HT. La référence sectorielle ouest-africaine tourne autour de 30 à 35 % pour un restaurant traditionnel et 25 à 30 % pour un fast-food. Au-delà de 40 %, la rentabilité globale devient fragile.
=COUT_MATIERE / (PRIX_VENTE / 1.18)
Le diviseur 1,18 retire la TVA ivoirienne de 18 %. Au Sénégal, on utilise 1,18 également. Au Bénin, le taux est de 18 % aussi. Pour notre attiéké poisson à 2 500 FCFA TTC, le HT est 2 119 FCFA et le food cost ressort à 980/2 119 = 46 %. C’est trop : il faut soit ajuster la portion, soit revoir le prix de vente.
Étape 3 : intégrer les coûts cachés non-matière
Le food cost seul ment. Il faut ajouter les coûts variables non-matière : emballage à emporter (75 FCFA pour un récipient kraft fermé), serviette et couverts jetables (40 FCFA), sachet plastique (10 FCFA), portion de sauce piment (35 FCFA). Ces 160 FCFA cumulés réduisent la marge brute réelle.
MARGE_BRUTE = PRIX_HT - COUT_MATIERE - COUT_PACKAGING
= 2119 - 980 - 160
= 979 FCFA
Construire une feuille « Packaging » dédiée évite la dispersion des données. Une fonction RECHERCHEX vient lire le coût packaging par type de plat (sur place, emporté, livraison) et l’injecte automatiquement dans la fiche.
Étape 4 : ajouter le temps de préparation pour la marge horaire
Deux plats peuvent dégager la même marge brute mais mobiliser des temps cuisinier très différents. Un poulet braisé qui demande 18 minutes de cuisson au charbon n’est pas comparable à un sandwich qui sort en 4 minutes. La marge contributive horaire départage les deux.
MARGE_HORAIRE = MARGE_BRUTE * (60 / TEMPS_PREP_MIN)
Pour notre attiéké poisson à 22 minutes : 979 * (60/22) = 2 670 FCFA/heure de cuisinier mobilisée. Pour un sandwich club à 4 minutes avec 600 FCFA de marge brute : 600 * (60/4) = 9 000 FCFA/heure. Le sandwich est trois fois plus rentable par heure-cuisinier, ce qui change la stratégie de mise en avant carte.
Étape 5 : croiser avec les volumes de vente réels
La marge horaire indique le potentiel. Le volume de vente indique la réalité. Importez les ventes des 3 derniers mois depuis votre caisse (export CSV pour Loyverse, Hiboutik ou caisse libre Odoo). Chaque ligne plat reçoit son nombre d’unités vendues sur 90 jours.
=NB_VENTES * MARGE_BRUTE (contribution mensuelle)
Cette colonne révèle souvent un paradoxe : le plat le plus rentable unitairement ne se vend qu’à 4 unités par jour, tandis que le plat à marge moyenne se vend à 60 unités. La hiérarchie des décisions change. On ne supprime jamais un produit d’appel à forte rotation même si sa marge unitaire est moyenne.
Étape 6 : construire la matrice BCG des plats
Pour visualiser, on construit une matrice 2×2 : axe X = marge brute unitaire, axe Y = volume de vente. Chaque plat tombe dans un des quatre cadrans : Stars (forte marge, fort volume), Vaches à lait (faible marge, fort volume), Dilemmes (forte marge, faible volume), Poids morts (faible marge, faible volume).
=SI(ET(MARGE>MEDIANE_MARGE;VOL>MEDIANE_VOL);"Star";
SI(ET(MARGE<=MEDIANE_MARGE;VOL>MEDIANE_VOL);"Vache";
SI(ET(MARGE>MEDIANE_MARGE;VOL<=MEDIANE_VOL);"Dilemme";"Poids mort")))
Un graphique nuage de points avec étiquettes plats rend cette matrice immédiatement lisible. Les Poids morts sont candidats au retrait carte. Les Dilemmes méritent une campagne de mise en avant : photo Instagram, position sur la carte, suggestion serveur. Les Stars sécurisent le revenu, les Vaches à lait alimentent le flux client.
Étape 7 : calculer le seuil de rentabilité du restaurant
Le seuil de rentabilité (break-even) est le chiffre d’affaires minimal qui couvre tous les coûts fixes. Listez les charges fixes mensuelles : loyer 350 000 FCFA, électricité-eau 85 000 FCFA, salaires 4 cuisiniers 600 000 FCFA, gérant 250 000 FCFA, charges sociales CNPS 18 % soit 153 000 FCFA, divers 80 000 FCFA. Total : 1 518 000 FCFA.
SEUIL_CA = CHARGES_FIXES / TAUX_MARGE_BRUTE_MOYEN
= 1 518 000 / 0,46
= 3 300 000 FCFA/mois
Le restaurant doit donc vendre pour 3,3 millions FCFA par mois pour atteindre l’équilibre. Sur 30 jours d’ouverture, cela fait 110 000 FCFA/jour, soit 44 plats vendus à 2 500 FCFA. Au-dessus, c’est du résultat. En dessous, c’est de la perte.
Étape 8 : automatiser le tableau de bord mensuel
Une fois le modèle rodé, on automatise. La caisse exporte les ventes en CSV chaque dimanche soir. Une macro VBA importe le fichier, met à jour les volumes, recalcule les contributions et régénère la matrice BCG. Le rapport sort en PDF de 4 pages prêt à imprimer pour la réunion équipe du lundi matin.
Dans la continuité sur l’agrégation multi-feuilles et les modèles de données, voir notre tutoriel Power Pivot pour PME et notre guide Solveur pour livraison. Le suivi mensuel discipliné change radicalement la trajectoire d’un restaurant en un trimestre.
Food cost ratio : la metrique numero un de la rentabilite restaurant
Le food cost ratio est le rapport entre le cout des matieres premieres et le chiffre d’affaires hors boissons. Un restaurant traditionnel senegalais qui sert thieboudienne, yassa et mafe vise un food cost autour de 30 a 35 %. Au-dela de 38 %, la rentabilite s’effondre. En dessous de 28 %, le risque est la baisse de qualite percue. Sur un fichier Excel de suivi quotidien, la formule de base est =Cout_Matieres/Ventes_Plats, calculee semaine par semaine pour lisser les variations.
L’erreur classique est de calculer le food cost sur un mois entier en globalisant. Cette agregation cache les derives par categorie. Une PME a Lome qui suivait son food cost mensuel global a 33 % stable a decouvert en decomposant que les viandes etaient a 41 % (probleme de portion ou de prix d’achat) et les feculents a 22 % (sur-portionnement), avec une moyenne trompeuse. La decomposition par famille (proteines, feculents, legumes, sauces, condiments) revele les ajustements concrets a faire.
L’inventaire physique mensuel reste indispensable. Le calcul thinkering Cout = Stock_debut + Achats – Stock_fin donne le cout reel des matieres consommees, et non simplement le cumul des achats. Sur un restaurant qui sert 80 couverts par jour, l’inventaire mensuel prend 4 heures et corrige typiquement de 2 a 5 points le food cost apparent : indispensable pour piloter sereinement.
Marge contributive par plat : identifier les locomotives et les boulets
La marge contributive d’un plat est son prix de vente moins son cout matieres direct. Elle ne tient pas compte des charges fixes (loyer, salaires) car celles-ci sont identiques quel que soit le plat servi. Pour decider si un plat reste a la carte, c’est cette marge contributive qui compte, pas la marge nette globale. Sur le tableau Excel d’un restaurant a Saint-Louis, le tableau croise dynamique avec en lignes les plats, en colonnes Volume_vendu et Marge_unitaire, fait apparaitre quatre quadrants.
Quadrant 1, fort volume forte marge : les locomotives. Sur ce restaurant, le mafe poulet (3 200 FCFA, marge 1 950 FCFA, 18 % du volume) etait clairement la locomotive. A mettre en avant, a former l’equipe a le proposer en priorite. Quadrant 2, fort volume faible marge : les attractifs. Le thieboudienne classique (4 500 FCFA, marge 1 450 FCFA, 22 % du volume) attire le client mais marge faible : a maintenir car drainage. Quadrant 3, faible volume forte marge : les premium. Les plats de saison a base de capitaine (8 500 FCFA, marge 4 200 FCFA, 5 % du volume) generent peu de couverts mais beaucoup de marge unitaire.
Quadrant 4, faible volume faible marge : les boulets. Sur ce restaurant, deux entrees historiques etaient en quadrant 4 et n’avaient plus aucune raison d’etre. Leur retrait a libere de l’espace mental dans la cuisine et permis de reduire le perimetre stock. La serie TCD approfondit la construction de ce type de matrice de decision pour PME.
Scenarios de menu : tester les ajustements avant de les deployer
La valeur d’un fichier Excel de rentabilite restaurant tient autant dans le suivi que dans la simulation. Construire trois scenarios de menu permet de mesurer l’impact financier avant de toucher la carte. Scenario A, statu quo : projection 12 mois sur les marges actuelles. Scenario B, augmentation 5 % du prix des locomotives : modeliser une elasticite de 0,4 (chaque 1 % de hausse fait reculer le volume de 0,4 %), recalculer la marge totale projetee. Scenario C, retrait des plats du quadrant 4 et ajout de deux nouvelles entrees premium.
Sur le restaurant de Saint-Louis, le scenario B faisait passer la marge mensuelle projetee de 4,8 a 5,3 millions FCFA, soit 10 % de gain pour un risque limite. Le scenario C amplifiait le gain a 5,7 millions FCFA mais avec un risque d’execution (les nouveaux plats demandaient une formation cuisine et un investissement initial en stock). Le choix retenu : deployer B en mai, evaluer en juillet, puis decider de C avec donnees fraiches.
L’iteration trimestrielle sur le menu, appuyee sur des donnees Excel propres, change le pilotage du restaurant. Les decisions ne sont plus prises au feeling mais sur une lecture chiffree de la realite. Pour une chaine de 4 restaurants a Abidjan qui a adopte ce processus, la marge consolidee annuelle a progresse de 18 % en deux ans, pour un investissement Excel quasi nul.